Dynamiser son patrimoine avec méthode

Faire fructifier son capital a toujours été un enjeu ; mais  dans le contexte actuel de taux très bas, la nécessité accrue de prévoir un complément de retraite conséquent et le souhait de transmettre un capital font de la dynamisation du patrimoine un objectif personnel prioritaire.

Pour bâtir une stratégie personnalisée de placement de ses avoirs bancaires et financiers, une approche méthodique est nécessaire. Il faut d’abord partir d’une vision claire de sa situation familiale et patrimoniale (composition et détention des avoirs, endettement), et notamment disposer d’une image complète, fidèle et détaillée de l’épargne existante. Une fois cette vision claire posée, la réponse à quelques questions clés permettra de préciser les principales composantes de cette stratégie.
L’épargne disponible et à venir pourra alors être structurée, dans l’attente d’un niveau de rentabilité en lien avec un niveau de risque défi ni et accepté.

Quelle est ma capacité d’épargne ?

Élaborer une stratégie de placement nécessite de se projeter dans le temps à court, moyen et long terme ; pour cela, l’estimation de la capacité d’épargne est indispensable. Elle se calcule comme le solde entre le total des revenus (professionnels, fonciers, financiers…) et l’ensemble des charges (échéances d’emprunt, loyers, impôts, autres charges incompressibles du ménage...). « Cette capacité se calcule en lissant revenus et charges sur plusieurs mois et de préférence sur une année entière », précise Jean-Charles Roumat, directeur Banque Privée de la Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique. Il faut en outre s’efforcer d’anticiper les changements prévisibles à court et moyen terme en matière de revenus et de charges.

Quelle part de mon épargne devrais-je placer à court terme et sous forme liquide ?

Quand on parle d’épargne, on pense souvent à la préparation de projets à moyen terme.

« Mais la première urgence en matière d’épargne, c’est de se constituer une réserve de liquidités qui couvrira les besoins à court terme, par définition fluctuants au cours de l’année, et qui permettra également de faire face aux imprévus, voire aux accidents de la vie », rappelle Jean-Charles Roumat. Cette épargne de « première nécessité », appelée aussi épargne de précaution, pourra être complétée par des contrats d’assurance adaptés : une « multirisque accidents de la vie » ou une « protection juridique », par exemple.

L’épargne de précaution sera ainsi investie à court terme sur des placements liquides pour faire face à des dépenses prévues ou imprévues. Elle devra représenter de l’ordre de trois mois de revenus. « Ce niveau devra être reconstitué en priorité après une période où cette poche d’épargne de précaution aura été mise plus ou moins fortement à contribution », ajoute le directeur Banque Privée. Ces fonds seront par essence placés sur des supports sans risque en capital et présentant, par conséquent, une rentabilité limitée : les livrets bancaires sont à privilégier. De ce fait, il faudra éviter d’y consacrer une part trop importante de son épargne globale. L’épargne de précaution une fois constituée, il sera en effet possible d’accumuler une épargne à moyen terme mieux rémunérée, dédiée au financement de projets personnels d’envergure.

Quelle épargne affecter au financement de mes projets à moyen terme ?

Cette étape de la démarche consiste à définir quelques projets prioritaires à un horizon de deux à cinq ans : acquisition de la résidence principale, éventuellement secondaire, rénovations, agrandissements, financement des études des enfants, réalisation d’une passion ou d’un grand voyage… Il faudra chiffrer les montants requis et estimer la période ciblée pour leur réalisation : « Cette épargne “projet” sera placée là aussi sans risque en capital – comme par exemple sur le PEL ou l’assurance vie en fonds général – pour financer les études des enfants, ou avec un risque en capital limité pour les projets plus “discrétionnaires” (un grand voyage par exemple) », recommande Jean-Charles Roumat.

L’introduction d’un risque en capital requiert d’être prêt à immobiliser ces fonds sur plusieurs années afin d’éviter de devoir sortir du placement à un mauvais moment ; en contrepartie, un rendement supérieur à un placement sans risque est espéré. L’épargne projet pourra faire l’objet d’abondements réguliers visant à atteindre la somme souhaitée au terme prévu. La préparation de la retraite, quand sa perspective se rapproche (moins de dix ans), devra être intégrée dans l’épargne projet et faire l’objet des mêmes précautions (notamment une prise de risque se réduisant peu à peu pour devenir nulle).

À noter que la préparation de la retraite est un projet d’épargne spécifique pour plusieurs raisons : le déséquilibre des régimes de retraite impose la constitution de revenus complémentaires conséquents ; son horizon de réalisation est à peu près connu ; une préparation sur le long terme permettra d’accéder au potentiel de valorisation des marchés financiers, dans le but d’améliorer son niveau de vie une fois retraité.

Quelle part de mon épargne puis-je placer dans une optique plus dynamique ?

Après avoir répondu aux questions précédentes, il devient possible d’évaluer le montant du patrimoine disponible hors épargne de précaution à court terme et hors épargne projet à moyen terme. Ce solde d’épargne potentiellement dynamique pourra être placé à long terme (plus de cinq ans) dans le but de préparer très en amont le financement d’objectifs stratégiques, notamment le départ en retraite et la transmission au sens large (par exemple : l’aide d’un enfant pour le démarrage d’une activité).

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Il sera possible de dynamiser cette part de son patrimoine présent et à venir en misant sur le potentiel de valorisation des marchés financiers. Cela nécessite au préalable une bonne connaissance de son aversion au risque et la confirmation d’un horizon de placement long : la capacité à immobiliser réellement les fonds en question plus de cinq ans.

Le profil d’investissement de l’épargnant, qui doit être établi sur la base de ces informations, permettra de choisir les supports financiers les plus pertinents pour investir cette épargne de façon plus ou moins dynamique, tout en veillant à une bonne diversification des supports afin de limiter le risque en capital. Il s’agira majoritairement d’investissements en actions, obligations, fonds de placement, en direct ou via l’assurance vie, dont aussi son fonds général.

Une part minoritaire de ce patrimoine pourra être placée en immobilier commercial et de bureaux via des SCPI ou OPCI. L’allocation de ces actifs devra être régulièrement revue et adaptée à la situation économique et à l’évolution des marchés financiers et immobiliers.

Comment optimiser ma "pyramide de l'épargne" dans la durée ?

Cette structuration de l’épargne en trois strates (épargne de précaution, épargne à moyen terme et épargne à long terme) est souvent comparée à une pyramide ; « cependant, si l’on dispose d’une capacité d’épargne significative, les investissements correspondant au deuxième niveau (projets d’envergure) voire au troisième niveau (dynamisation à long terme) pourront nettement dépasser en montant les sommes affectées au niveau de base (l’épargne de précaution) », explique Jean-Charles Roumat.

Ces grands équilibres devront être passés en revue régulièrement afin d’adapter la répartition entre les différentes strates en prenant en compte l’évolution de la situation patrimoniale et familiale. Ce point régulier permettra aussi de vérifier la capacité à financer les projets définis à l’horizon de temps prévu, la pertinence de la prise de risque choisie dans le cadre de l’épargne dynamique et la performance de l’allocation d’actifs.

Cette démarche, qui permet de définir une stratégie de placement correspondant à son profil d’investissement et à ses besoins, pourra être menée à chaque étape avec l’appui du conseiller en gestion de patrimoine. Elle conduira souvent à remodeler l’épargne constituée au fil de l’eau et au fur et à mesure de l’ouverture d’enveloppes et de supports de placement présentant des caractéristiques variées en termes de liquidité et de souplesse d’investissement, mais aussi de fiscalité et d’organisation de la transmission.

Comment le patrimoine bancaire et financier des ménages français
 est-il investi ?

L’épargne financière des ménages représentait 76% de leur patrimoine bancaire et financier en septembre 2016, soit 3 440 milliards d’euros sur 4 525 milliards. Le solde est constitué de l’épargne bancaire, des livrets, PEL, dépôts à vue et autres dépôts.
Au sein de l’épargne financière, l’assurance vie constitue à elle seule 49,5 % de ces 3 440 milliards, les sommes investies en fonds en euros (1 409 milliards) demeurant encore très majoritaires par rapport à celles placées en unités de compte (293 milliards), bien que la part relative de ces derniers soit en progression constante. L’encours des fonds de placement détenus hors d’un contrat d’assurance vie - c’est-à-dire via un PEA, un compte titre ordinaire, ou un plan d’épargne salariale ou retraite - s’établissait à 308 milliards d’euros à fin septembre dernier.
 

Source : Banque de France, Épargne des ménages 3e et 4e trimestres 2016